Che Guevera est recyclé en T-shirt, internet tarifie la vente d’ovules, l’ONU embauche des mercenaires, des grandes surfaces de bricolage bradent les forêts de Birmanie, les musées nationaux sont financés par des compagnies pétrolières, des business women louent des mères porteuses pour ne pas interrompre leur carrière, les usines travaillent la nuit et les commerçants le dimanche, la publicité s’insinue partout, et les enfants de dix ans sont devenus des cibles du marketing quand d’autres trient nos déchets industriels pour survivre dans la misère. Derrière la profusion de phénomènes d’une diversité extrême, et qui semblent n’avoir aucun rapport entre eux, progresse en fait un même principe, qui envahit, soumet et écrase. Il n’est ni activités, ni moments, ni lieux qui ne semblent pouvoir y échapper. Cette logique est marchande car elle ramène tout à la transaction monétaire; elle a la cohérence d’un système, car elle constitue le déterminant commun de ces phénomènes et elle a la force d’un ordre, car elle progresse de façon coercitive, ce qui permet de la qualifier d’ordre marchand.
Cette logique se propage en tout lieu : le monde entier s’organise autour du gouffre de la consommation, où l’ordre marchand précipite les systèmes sociaux, l’intérêt général ou la diversité biologique et culturelle, quand ce n’est pas la dignité humaine.
La mondialisation, régulièrement accusée d’être à l’origine de tous les maux, ne constitue en fait que l’extension géographique de l’ordre marchand, phénomène plus vaste qui dicte la façon dont celle-ci opère. La mondialisation en est peut-être le fait le plus saillant, mais elle n’en est qu’une conséquence. Or, en prenant les conséquences pour des causes, on ne peut trouver les solutions pertinentes. Si, par exemple, les délocalisations trouvent leur cause dans la mondialisation, la mondialisation ne trouve pas la sienne dans la mondialisation ! En se trompant de diagnostic, on se trompe de remède. Il est donc nécessaire d’analyser les déterminants de cette logique qui, à la fois, crée, étonne, stupéfie parfois, mais en même temps pille, gaspille et ravage.
Ce qui s’oppose, ce n’est pas mondialisation et repli national, libéralisme et protectionnisme, ou capitalisme et régulation, qui ne sont que des aspects d’un enjeu plus vaste : c’est la culture et l’intérêt général contre la marchandisation qui pénètre tout, les rapports sociaux comme les activités humaines ou le temps disponible.
Alors même que les médias ont étendu leur empire à la totalité de la planète, pouvons-nous encore prétexter l’ignorance du fonctionnement du système pour cautionner notre irresponsabilité ? Sommes-nous condamnés à subir la progression d’un ordre qui subjugue nos sociétés, délite les solidarités, crée la profusion des uns au prix de la misère des autres et saccage l’équilibre écologique ? Ou pouvons-nous trouver les moyens d’un développement équitable, participatif et respectueux de l’environnement ?
Ce n’est pas la mondialisation qu’il faut stopper, c’est l’ordre marchand. Tel est l’enjeux de nos luttes, et il faut en cerner les caractéristiques et le processus.
Hervé Hutin militant socialiste de Savoie n'a pas eu l'occasion de déposer sa contribution dans le cadre du débat d'idées préalables au congrès du Parti socialiste.
C'est son texte que je reproduis ici !
A télécharger au format .doc (28 pages, 110 Ko)
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